Robert Naoussi, le petit débroussailleur du Ciel

« Moi, je vais leur ouvrir la porte du Ciel. »

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Il est minuit et quart. Nous sommes au Cameroun, dans la banlieue de Douala. De façon un peu mystérieuse, les cloches de la léproserie de la Dibamba se mettent à sonner.

Le 1er octobre 1970, un jeune lépreux de 17 ans vient de mourir… Mais une nouvelle étoile vient de voir le jour !

Son nom : Robert Naoussi. Au matin, ce sont les chants, les danses, les prières de louange pour accompagner son « enciellement ». Quelques années après sa mort, sa tombe est un véritable lieu de pèlerinage. On lui confie les épreuves, les questions, les souffrances et les espérances. Ceux qui viennent le prier sur sa tombe laissent un don à la léproserie. Ces dons aideront à couvrir les frais d’alimentation des malades les plus pauvres.

Celui qu’on appelle affectueusement « le Petit Robert » ou encore « le débroussailleur du Ciel » est né au Cameroun, de l’ethnie des Bamilékés. Il a, par son père polygame, dix frères et sœurs. Sa mère, devant travailler aux champs, confie à Robert son petit frère, qu’il porte sur son dos en allant à l’école. C’est un enfant intelligent, sensible, courageux et déterminé. Débrouillard, Robert fabrique des paniers pour payer l’école.

Il entend parler de Jésus par un missionnaire qui le prépare au Baptême et à sa première communion. Il veut dès lors Le connaître et vivre avec lui. A cette époque, il découvre la Vierge Marie qui le soutiendra et veillera sur lui comme une Maman. Après sa première communion, il désire devenir prêtre. Son père l’envoie alors au lycée de Manengouba.

Robert sait encourager ses copains à la prière

A 16 ans, son corps de recouvre de petits boutons. La lèpre peu à peu l’atteint. Il est très fatigué et ne mange plus. Fini le sport et le football. Ingénieux, il s’était fabriqué un ballon avec des feuilles d’arbres collées. On l’entendra dire plus tard, lors de grandes souffrances : « Maintenant, je veux être un capitaine d’équipe de football pour entraîner les autres au Ciel, par ma souffrance. »

Le directeur l’envoie à la léproserie de la Dibamba à 20kms de Douala. A son arrivée, il est accueilli par le frère Raymond (Jaccard) avec beaucoup d’amour et de délicatesse. Pendant trois jours et trois nuits, Robert ne put ni manger, ni boire, ni dormir. Il se posa alors une question : « Qu’est-ce que je suis venu faire ici ? » Le père Raymond lui répondit alors : « Mon petit Robert, je ne peux pas te répondre. Demande à Jésus, il te répondra. » Et la réponse lui ouvrit un nouvel horizon : « C’est pour mes frères et sœurs qui ne sont pas baptisés que je suis ici, pour qu’ils connaissent Jésus par ma maladie et ma souffrance. »

Il découvre alors sa vraie vocation. Robert est installé dans une petite chambre face à la chapelle d’où il peut voir la petite lumière rouge qui indique la Présence de Jésus dans le Tabernacle, pour s’unir plus intimement à Lui. Si la vie de Robert devient prière permanente, il aime aussi voir jouer les enfants et s’intéresse à ses frères lépreux. Il reçoit toutes sortes de gens, il les réconforte et prie avec eux. Les soins qu’il reçoit deux fois par semaine sans anesthésie sont une véritable souffrance. Souvent, il ne peut retenir ses larmes ni ses cris. Pourtant un jour, ayant appris que Jésus sur la Croix n’avait pas pleuré, il décide de l’imiter et de ne plus pleurer lors ses soins.

Etre missionnaire de sa chambre

Frère Raymond et le petit Robert sont très complices. Ils échangent comme de vrais amis. C’est le même Esprit qui passe. Lors de ses discussions, frère Raymond fait découvrir au petit Robert la vie de Sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions. Robert vient de comprendre une chose essentielle : lui aussi, dans sa petite chambre de malade, peut devenir missionnaire. « Je veux donner ma vie pour les jeunes de ma génération. La souffrance c’est comme mon « outil » de travail, comme une « machette » avec laquelle je vais leur « débrousser la route du ciel ». Ils n’ont psa la chance que j’ai de connaître le Bon Dieu, de le prier de lui offrir leur vie. S’ils passent leurs nuits à boire et s’amuser, c’est qu’au fond ils sont tristes parce qu’ils ne savent pas que Dieu les aime. Moi, je vais leur ouvrir la route du ciel ! »

Pendant la seconde guerre mondiale, Marthe Robin avait offert ses yeux à la Vierge Marie pour arrêter la guerre. Nous sommes à la veille du 15 août. Robert voudrait bien offrir un cadeau à Marie pour sa fête : « Je ne peux pas lui offrir ma lèpre. Oh ! Je sais ce que vais lui offrir. Mes yeux sont encore intacts. » Son cadeau sera accepté. Quand frère Raymond vient le soir, il ne voit plus. Bientôt, il entrera dans la lumière de Dieu. Frère Raymond confia des intentions de prière au petit Robert, spécialement les familles en difficulté et les jeunes. La prière préférée de Robert est le chapelet égrené de jour et de nuit quand il ne dormait pas. Grâce à l’eucharistie quotidienne, Robert puise la force dans la tendresse du Christ pour avancer sur son chemin de Croix, comme Simon de Cyrène. Robert a conscience d’aider Jésus à porter sa croix.

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Sa soif de sauver les âmes avec Jésus s’intensifie alors que la lèpre continue ses ravages sur son corps meurtri : « Ma toutou va-t’en. Un jour tu me quitteras et je serai pour toujours avec Jésus. » Cette petite chanson, il l’apprenait aux enfants. A travers cette chanson, Robert priait pour que sa génération soit délivrée du fléau de la lèpre. Très souvent, Frère Raymond aidait papa Louis, l’infirmier, pour la séance des pansements. Pour aider Robert à supporter la souffrance des soins, frère Raymond prenait le petit lépreux dans ses bras. Une grande intimité spirituelle unirent le petit Robert et le frère Raymond, à tel point que papa Louis disait « Je voyais Marie au pied de la Croix. »

Il y eut pour Robert un dernier soir. Frère Raymond était alors en France. Robert pria lentement le « Je vous salue Marie » et dit à la sœur qui était à ses côtés : « Dites au frère que je ne l’oublierai jamais. » Maintenant, c’est l’heure. Il est minuit et quart, 1er octobre 1979, jour où l’Eglise fête sainte Thérèse de l’enfant Jésus. C’est elle qui vient lui ouvrir les portes dans la lumière du paradis.

« Petit Robert, nous t’aimons », c’est ainsi que les enfants saluaient Robert Naoussi. Plus besoin de patience maintenant, mais seulement le bonheur d’avoir rejoint le Bien Aimé et sa chère Maman Marie.

Quelques mois plus tard, Pierre, le frère de père Raymond, le rejoint au Cameroun et, ensemble, ils soignèrent les grands malades par une chirurgie et un appareillage fonctionnel. Cette méthode permettra à des milliers de malades de la lèpre de retrouver une vie normale. Nombreuses sont les personnes qui désirent voir un jour le petit Robert officiellement reconnu par l’Eglise pour sa sainteté, modèle de patience dans la souffrance, modèle de charité, modèle d’une jeunesse qui se tourne vers Dieu et rayonne de son amour. Un grand frère pour beaucoup de jeunes à la recherche du sens de la vie. Sa cause de béatification a été introduite à Rome par le diocèse de Douala.

Pères Raymond et Pierre Jaccard